SUR ANTONIO FUENTES · TEXTES · EMILIO SANZ DE SOTO

ANTONIO FUENTES: UN SOUVENIR DE TANGER ET UN OUBLI DE L’ESPAGNE

Emilio Sanz de Soto

Hôtel Fuentes. Zoco Chico, Tanger.

Je parle d’une petite place, pas du tout comme on pourrait se l’imaginer, petite, asymétrique, sans aucun bâtiment qui mérite d’être mentionné par sa valeur artistique ou historique, et cependant, plus d’un écrivain célèbre du XIXème et XXème la cite dans ses oeuvres. Et il se passe la même chose avec les dessins et annotations de peintres très importants de ces siècles. Je fais allusion au petit souk de Tanger.

Et je me demande: qu’avait-il donc de si spécial le petit souk de Tanger pour susciter l’intérêt de si notables artistes et écrivains ? Aujourd’hui, bien sûr, rien dut tout: aujourd’hui, ce n’est qu’un souk parmi les petites places uniques qui jalonnent les vieilles villes arabes, toujours cachées du soleil et de la chaleur et cherchant toujours des fontaines d’eau naturelle ou des fontaines citernes et leur son, sans lequel il est pratiquement impossible de comprendre le monde islamique. Un son offert à l’Andalousie et que le génie Manuel de Falla a éternisé.

Ces petites places naissent ou mieux, se font elles-mêmes, de la confluence de plusieurs ruelles. Et ainsi se créa le petit souk de Tanger. Pourquoi parlai-je du petit souk au passé ? Pour la simple raison qu’aujourd’hui il n’est plus ce lieu magique qu’il était. Les endroits magiques ne durent pas éternellement. Il est bien connu que le « temps » et la « magie » ne vont pas de pair.

Tanger

Dans le petit souk, dans un espace si restreint, jour après jour et nuit après nuit, pendant un siècle et demi, avec des textes et des acteurs toujours improvisés, toujours nouveaux, mais tout en conservant un contenu et un sens, une représentation avait lieu, aussi insolite qu’unique, devant des spectateurs qui, au fil des ans, changeaient et certains même nous léguant le témoignage de son charme particulier.

Tout le monde n’était pas à même de ressentir, dans le va-et-vient du petit souk, dans ses joies et ses peines, cette « représentation » très particulière, dont le sens ultime n’était que l’expression, le résumé, l’essence de ce qu’était Tanger, de ce qu’elle fut : la fusion sans confusion de races, cultures, religions, langues, comportements, coutumes. Une fusion miraculeusement convertie en réalité quotidienne, en réalité vécue. Et seuls quelques privilégiés pouvaient contempler et percevoir cette réalité quotidienne, cette réalité vécue, dans le « spectacle » offert gratuitement par le petit souk : à Camille Saint-Saëns au début de « La Danse Macabre », une symphonie légère et festive, pas encore contaminée, bien qu’elle pressentît qu’elle serait dévorée par les bruits assourdissants du matérialisme, ou par la rencontre de figures mythiques de la culture occidentale, tous en paix et harmonie, prenant un thé vert au « Chemin Royal » de Tennessee Williams, pièce changée a posteriori de place par art et désastre du metteur en scène Elia Kazan. Je garde l’espoir que l’œuvre originale, telle qu’elle fut conçue et écrite, puisse un jour être connue.

Et tout comme Tennesse Williams fut témoin du spectacle du petit souk depuis la petite terrasse du café – bar « Tingis », qu’il appelait « ma petite loge privée », en français, Camille Saint-Saëns commença à composer sa célèbre symphonie sur la terrasse de l’Hôtel Fuentes, qui était effectivement une loge privilégiée.

Et bien qu’il puisse sembler que je m’éloigne du sujet qui est à l’origine de ce texte, le peintre Antonio Fuentes, le lecteur comprendra plus loin que cet éloignement est plus que justifié. Ou, tout au moins, cela est mon opinion.

J’ai lu il y a quelque temps dans une biographie de Saint-Saëns, que « monsieur Camille » connut le compositeur espagnol Joaquín Valverde à l’Hôtel Fuentes, dont il était fidèle client, se logeant toujours dans la chambre numéro quatre, d’où il disait entendre le battement de la ville. Et Joaquín Valverde fut le « collaborateur magique » de Federico Chueca dans des « petites oeuvres d’art » comme « La Gran Vía », dont Nieztche écrivit qu’elle était aussi « géniale qu’impossible à classifier » et il fit écouter à Saint-Saëns, sur le piano de l’Hôtel Fuentes, une sélection des principaux thèmes de « El Año Pasado por Agua », composée par Valverde lui-même, en collaboration, comme d’autres fois, avec le très personnel Chueca. Et le compositeur français montra tant d’enthousiasme que l’année suivante, elle fut jouée pour la première fois à Paris et la moitié des Français chanta alors:

"Faites moi le plaisir
madame, d'écouter
seulement deux paroles"

Le fils de Joaquín Valverde, connu et reconnu comme « Quinito » Valverde, « personnage » que plusieurs musicologues distingués ont même confondu avec son père, fut un compositeur prématuré, qui, encore très jeune, composa des chansons qui furent aussitôt énormément populaires, comme par exemple « El Polichinela », que chanterait pour la première fois La Fornarina ou « El Pai-Pai », chanté par la encore plus jeune Lola Membrives, qui, avec le temps, deviendrait une très grande actrice, sachant unir le théâtre en espagnol des deux côtés de la frontière.

Mais Quinito Valverde, toujours brillant et joyeux, composa en outre de grandes chansons comme « Clavelitos » qui rendit célèbre la grande mezzo-soprano espagnole Conchita Supervía, idole du « Covent Garden » de Londres.

Quinito Valverde, tout comme son père, triompha à Paris et offrit à sa compatriote Carolina Otero, mondialement connue comme « La Belle Otero », rien de moins que "La Machicha", la chanson - paradigme de la « Belle Epoque » parisienne, chanson qui dans sa version originale en espagnol disait:

"Tengo dos lunares,
el uno junto a la boca
y el otro donde tú sabes"

Et nous pouvons anticiper que le fils de Joaquín Valverde connaissait le fils du peintre Antonio Fuentes, le propriétaire de l’Hôtel Fuentes, comme vous pourrez le vérifier au moment voulu.
Il semblerait que Truman Capote ait dit une fois – et Jane Bowles l’a répété mille fois- que devant l’Acropole d’Athènes, certaines personnes se sentent dans un « état de sagesse », devant Saint Pierre de Rome, certains devraient se sentir en « état de grâce », mais que dans le petit souk de Tanger, tous se sentaient en « état de liberté ».

L’Hôtel Fuentes – ou encore mieux : la famille Fuentes – était le point d’union le plus concret et précis entre l’Espagne et Tanger ; et selon les dires de beaucoup de personnes, parmi lesquelles je m’inclus, beaucoup plus direct et efficace que nos autorités diplomatiques, à quelques exceptions près, bien sûr.

Antonio Fuentes, le père de l'artiste

À titre d’exemple, je parlerai de deux célébrations de l’Hôtel Fuentes : d’ailleurs, si les gouvernements espagnols y avaient porté plus d’attention, notre réalité historique se serait réveillée, tout au moins un peu, de sa léthargie séculaire. Je fais référence à la reconnaissance raciale et culturelle dont ont fait preuve la majorité des Juifs sefardis espagnols.

Deux illustres Espagnols, l’un politique et l’autre littérateur, ont mérité l’hommage émouvant de la colonie hébreo-sefardi de Tanger: Emilio Castelar et Benito Pérez - Galdós. Et tout cela, toujours, à l’Hôtel Fuentes.

C’est Abraham Pimienta qui rendit hommage à Castelar et Rahma Toledano, femme très singulière, écrivain et journaliste qui salua Galdos. Rahma, femme aux idées et idéaux féministes en avance et collaboratrice décisive du docteur Angel Pulido lors de la rédaction de son livre prophétique « Españoles sin patria », oeuvre pour laquelle Galdos s’intéressa tout particulièrement.

Un an après l’hommage à Galdos, don Antonio et doña Ana Contreras auraient un nouveau fils, avec une vocation précoce de peintre qui, avec le temps, vivrait la bohème artistique et littéraire de Paris, dans des années aussi bien mythiques qu’uniques.

Ainsi naît Antonio Fuentes, du même nom que son père, et personne singulière, tellement parfois qu’il était même très difficile de le comprendre. On aurait dit qu’il atteignait l’absurde en forçant son implacable lucidité. Ses opinions nous paraissaient au premier abord un contresens, mais une fois réfléchies, nous vérifiions qu’elles suivaient sa très personnelle lucidité. Quelque chose de semblable à l’image de Cervantès du « fou sage ». Les efforts de bon sens d’Antonio Fuentes étaient évidents. Mais: un effort de bon sens pour éviter tout début de folie.

Pendant des années, j’ai cru qu’Antonio Fuentes était, chronologiquement parlant, le premier peintre espagnol né à Tanger jusqu’à ce que je découvre que le dessinateur, illustrateur –très bon même- de notre triste guerre civile, du côté des franquistes, Carlos Saénz de Tejada, était né à Tanger en 1897, alors que son père était en mission diplomatique. Et après Antonio Fuentes, l’autre grand peintre né à Tanger est José Hernández.

Ana Contreras de Fuentes et son fils Carlos Fuentes

Antonio Fuentes a vécu dans un monde proche de l’art et concrètement de la peinture. Sa famille était très amie de l’extraordinaire aquarelliste catalan, Josep Tapiró, qui arriva à Tanger sur l’invitation de Mariano Fortuny et s’y établit.

Je me souviens vaguement de la mère d’Antonio Fuentes, doña Ana, déjà âgée, une grosse femme andalouse, toujours très droite, très solennelle, d’un pas décidé bien qu’elle s’appuyât sur une canne en ébène avec une poignée en argent et portât des chapeaux voyants d’un goût français exquis, certainement sortis de l’atelier de madame Boissonet, célèbre chapelière parisienne qui dut se réfugier à Tanger après un scandale qui mit en danger le Président de la République française. Madame Boissonet fut comme une seconde mère et professeur pour Mariquita Molina, qui hériterait ensuite la chapellerie et dont le fils unique fut Angel Vázquez, insolite romancier de Tanger et auteur d’une oeuvre unique : « La Vida Perra de Juanita Narboni ».

Antonio Fuentes vénérait sa mère. Alors qu’il n’avait que huit ans, il apprit que sa mère allait assister à l’enterrement de Josep Tapiró et insista pour y aller ; elle accepta, connaissant l’enthousiasme de son fils pour les oeuvres du génial aquarelliste catalan. Ana Contreras était amie intime de sa femme, qui, si je me souviens bien, appartenait à une famille connue de libéraux espagnols qui changèrent de nom de famille après recevoir la protection anglaise (Lepen, en anglais Lepin).C’est grâce à Josep Tapiró que naît la vocation de peintre d’Antonio Fuentes, jusqu’à ce que, quelques années plus tard, il découvre dans une encyclopédie spécialisée le peintre Rembrandt, et notamment son tableau « Bœuf écorché ». Antonio Fuentes lui-même disait être d’accord avec les personnes qui croyaient voir dans l’expressionnisme toujours latent de son oeuvre, la marque de sa première rencontre avec le « Bœuf écorché », de Rembrandt, qui l’accompagna comme reproduction sur carte postale, presque comme un icône religieux, tout au long de sa vie.

Tanger

Depuis son arrivée à Paris, au Montparnasse de 1929, où il vécut l’authentique bohème et où, selon Antonio Fuentes lui-même, « je passais les heures vives à la Grande Chaumière ou à faire la connaissance d’un personnage et demi par jour ». Curieusement, il ne se lie pas d’amitié avec d’autres peintres espagnols. « La plupart –selon ses propres mots- étaient obsédés par Picasso, mais ce qui n’était chez Picasso qu’un pur instinct divinatoire, mes compatriotes le convertissaient en algèbre mental ». Cela explique ses disputes passionnées avec Francisco Bores. Et Antonio Fuentes ajoute, non sans ironie : « J’étais tellement absorbé par l’esprit du petit souk de Tanger, par ma cohabitation jour après jour avec les Arabes et les Juifs, que les deux seuls peintres avec lesquels je me suis lié d’amitié étaient les deux Juifs, un Polonais et l’autre Lituanien, Moïse Kisling et Chaïm Soutine ». Rien de bien étrange puisque tous les deux, chacun à leur manière, étaient « petits-fils » de Rembrandt, et surtout, partageaient des inquiétudes expressionnistes très similaires à celles du jeune Antonio Fuentes.

Nous ne pouvons pas oublier non plus qu’à Tanger il fit la connaissance d’Oskar Kokottschka, avec lequel il avait plus d’un point en commun, notamment sur ses scènes à Tanger.

Antonio Fuentes nous confessa qu’un jour il décida surmonter sa timidité naturelle et rendit visite dans son appartement parisien à un homme gros et vieux garçon que tout Paris connaissait sous le nom de « monsieur Quinito Valverde »... prononcé, bien sûr, avec un profond accent français.

Naturellement, Quinito avait entendu parlé de l’amitié de son père avec la famille Fuentes de Tanger, et ce fut lui qui lui présenta la fille de ses grands amis, Rosa Castelucho, directrice et propriétaire d’une salle d’expositions du même nom : « Galerie d'Art Castelucho ». Galerie où aurait lieu la première exposition individuelle d’Antonio Fuentes. J’ai toujours cru –mes excuses pour l’indiscrétion- qu’Antonio Fuentes est resté amoureux toute sa vie de « Rosita » Castelucho. Et ce fut dans la salle d’exposition de Rosa Castelucho qu’Antonio Fuentes fit la connaissance de Picasso. À propos de cette rencontre, j’ai lu un texte aussi autobiographique qu’émouvant d’Antonio Fuentes, inédit comme la plupart de ses écrits.

Il existe une période de l’œuvre picturale d’Antonio Fuentes pour laquelle j’ai toujours eu une très particulière prédilection, une période que lui-même avait baptisée les « serveurs du petit souk », d’où, dans un monde surchargé et sombre de formes en mouvement, émergeaient des serveurs indemnes et habillés en blanc avec des nœuds papillon, noirs ou rouges. Le grand hispaniste français Pierre Gassier, érudit célèbre de Goya, partageait également mon admiration pour la période des « serveurs du petit souk », et pour cette raison il parlait d’Antonio Fuentes comme du « Toulouse-Lautrec de Tanger ».

Mais Antonio Fuentes, toujours renfermé sur lui-même, ne partageait pas cette admiration pour cette période de sa peinture, et de fait, Gassier et moi avons même soupçonné qu’il ait même détruit les oeuvres de cette période dans un moment de crise. Longtemps après, il me confessa que cette période lui rappelait les années où il s’était vu obligé à faire des caricatures sur les terrasses de Paris ou Rome pour survivre. Et c’est ainsi que commença son amitié avec la géniale danseuse Antonia Mercé, « La Argentina », à Paris et qu’eut lieu sa rencontre sympathique avec le roi Alphonse XIII à Rome, où, après lui avoir dessiné une caricature, ce dernier écrivit de sa propre main en-dessous: « Oui, Seigneur, je suis comme cela par la grâce et disgrâce de Dieu ».

Il faut savoir que même dans ses moments les plus difficiles, il refusait de vendre ses tableaux. Antonio Fuentes était un homme rempli de manies profondément ancrées dans sa personnalité. Certains jours, souvent, il refusait d’ouvrir la porte de son atelier. Et il manqua ainsi (les personnes qui l’avons connu sommes témoins) des connaissances et des ventes qui lui auraient ouvert de nombreuses portes ; mais il se définissait lui-même ainsi : « homme aux portes fermées ».

Une personne n’ayant pas vu son atelier résidence dans la médina de Tanger ne peut s’imaginer, même de loin, l’environnement chaotique, surréel où, pendant des années, s’est caché Antonio Fuentes.

Combien je regrette que personne n’ait filmé –le cinéaste Mario Ruspoli avait l’intention de le faire- ce monde d’un désordre si difficile à imaginer, si incroyable. Curieusement pour Antonio Fuentes, ce désordre n’était qu’une apparence puisque que s’il avait besoin de quelque chose, il savait toujours où la trouver.

L’atelier d’Antonio Fuentes où il vécut caché – oui, caché est le mot- jusqu’à l’âge de quatre-vingt-dix ans, se trouve comme je crois l’avoir déjà mentionné, dans l’ancienne médina de Tanger, concrètement sur la petite place des aïssaouas, face à la Nouvelle Mosquée, où pendant des dizaines d’années, un miraculeux palmier géant l’a accompagné. Son tronc svelte finit par plier un jour où souffla le vent du levant et l’arbre reçut alors un enterrement presque religieux dans le vieux cimetière arabe proche de la Mendoubia.

Sans aucun doute, une des périodes picturales les plus personnelles et suggestives d’Antonio Fuentes a été celle des « Cathédrales ». Sur ces cathédrales, on découvre tout un symbolisme mystérieux et séculaire où les éléments juifs, catholiques et arabes semblent émerger d’une même et unique cérémonie religieuse. Barbara Hutton et la Princesse de Ruspoli, Marthe Chambrun se sont partagées à parts égales (j’en fus témoin) les plus belles oeuvres de cette période.

Mosquée d'Aissaouas. La première étude de Sources et 'le palmier géant miraculeux dont parle Sanz de Soto'

Dans sa dernière époque créative, Antonio se laissa tenter par, disons-le ainsi, « l’abstraction », période qu’il garda secrète jusqu’à la fin de ses jours, et où l’on retrouve l’influence du peintre de Majorque, Juli Ramis de Sóller, qui vécut à Tanger des années décisives pour l’évolution de sa peinture très raffinée et qui pour quelques historiens et critiques d’art espagnol contemporain –heureusement pas tous- reste encore honteusement oublié.

Juli Ramis, que Picasso appelait « le benjamin », fut l’un des précurseurs les plus indiscutables de la non-figuration en Espagne.

L’amitié entre Juli Ramis et Antonio Fuentes fut très particulière. Il m’est difficile de déterminer lequel des deux était le plus spécial. Ils pouvaient passer de longues heures ensemble sans à peine prononcer un mot. Par contre, ils partageaient des modèles difficiles à trouver, des jeunes filles marocaines, encore adolescentes, que le propre Gauguin aurait envié. Après que le temps arrangé se soit écoulé, la modèle enfilait son haïk et partait subrepticement, sans faire le moindre bruit, et alors les deux peintres observaient leurs oeuvres, des oeuvres qui étaient toujours, non plus différentes, mais diamétralement opposées. Alors que Ramis avec un crayon dur réussissait à dessiner des contours raffinés, presque comme une peinture japonaise, Fuentes, avec un pinceau doux, créait tout l’inverse, des environnements violents, presque blessants. Et après observer les résultats, ils détruisaient leurs oeuvres. Selon leurs propres mots, ce n’était que pour conserver le coup de pinceau.

Je pense – je l’ai pensé de nombreuses fois -, qu’il n’existe pas encore d’histoire globale, totalisatrice, de la peinture espagnole du Xxème siècle. Et quand je dis peinture, je veux également dire d’autres branches de l’art, de la littérature, de la recherche, de la science. Et ce, pour beaucoup de raisons. Bien que je pense que la blessure des deux Espagne ne soit pas encore complètement refermée, que ses conséquences soient encore d’actualité : ses exiles intérieurs, oublis aussi bien volontaires qu’involontaires, vies refaites dans les endroits les plus éloignés de la planète...

Et même : si les oublis existent déjà dans l’Espagne elle-même dans des villes hors Madrid ou Barcelone, comment ne vont-ils pas exister dans des mondes si grands et différents au nôtre?

Que ces lignes servent à ajouter un autre nom à la liste des « oubliés de l’Espagne » dont parlait Jovellanos.

Dans ce cas, il s’agit d’ajouter le nom d’un peintre espagnol, bien que beaucoup d’Espagnols n’en aient jamais entendu parler: le nom d’Antonio Fuentes.

Article publié dans El País – Babelia, le 23 août 1997, à l’occasion de la première exposition à titre posthume d’Antonio Fuentes.

af@antoniofuentes.org

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